6 idées reçues sur le débarquement du 6 juin 1944

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Troupes canadiennes débarquant à Juno Beach, 6 juin 1944. Photographie anonyme.

La bataille du 6 juin 1944 figure parmi les nombreuses opérations militaires d’envergure de la Seconde Guerre mondiale. Ayant mobilisé 1.500.000 hommes, dont plus de 150.000 troupes de débarquement, cet événement fait partie de ceux qui contribuèrent à la chute du 3ème Reich.

Les Américains ayant joué un rôle non négligeable dans la bataille de Normandie, il n’est pas surprenant que cet affrontement constitue le sujet de nombreux films hollywoodiens. Afin d’apporter une dimension plus spectaculaire au débarquement, les médias exagèrent souvent les faits.

Voici une liste non exhaustive des quelques idées reçues sur le 6 juin 1944 véhiculées par le cinéma.

1) Hitler espérait que les alliés ne débarquent pas

En 1944,  les Allemands livraient des combats très âpres à travers l’Europe. Les Alliés progressèrent en Italie suite au débarquement de Sicile en 1943. À l’Est, les soviétiques gagnèrent de plus en plus de terrain.

Et pourtant, Hitler souhaitait que les Alliés tentent de débarquer en France le plus rapidement possible. Il pensait en effet que l’opération ne pouvait qu’être vouée à l’échec.

En effet, les Allemands édifièrent un puissant réseau de fortifications le long de la côte occidentale : le fameux mur de l’Atlantique. (En jaune sur la carte)

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Mur de l’Atlantique, 1942-1944. Uberstroker (Wikimedia Commons).

Hitler se persuada que ce complexe de bunkers, d’artilleries côtières, de mines et de divers obstacles suffirait pour repousser n’importe laquelle des tentatives de débarquement. Certains généraux alliés demeuraient eux-mêmes sceptiques concernant les chances de succès d’une telle opération.

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Casemate et canon de 150 mm. de la batterie de Longues-sur-Mer en Normandie. Sorin Lingureanu (Wikimedia Commons).

Le Führer pensait ainsi que le débarquement ne pouvait qu’échouer. Il estimait que face à une telle défaite, les États-Unis et la Grande-Bretagne négocieraient une paix séparée. L’Allemagne aurait pu redéployer les troupes dévolues à la défense du mur de l’Atlantique sur le front de l’Est.

2) Les paradummies

Ceux qui connaissent le film  Le jour le plus long se souviennent certainement des fameux paradummies, ou poupées parachutistes, utilisées pour duper l’ennemi sur le nombre réel de parachutistes et l’endroit de leur atterrissage.

Durant la nuit du 5 juin, les Américains parachutèrent 500 paradummies dans une zone éloignée des futures plages du débarquement. Le Generalfeldmarschall Gerd von Rundsted (1875-1953), croyant qu’il s’agissait d’une opération alliée d’envergure, déploya… la moitié des effectifs de la 12.SS PanzerDivision Hitlerjugend à l’endroit où atterrirent ces mannequins. Ainsi écartés, ces tanks et ces soldats allemands ne purent prendre part aux combats du 6 juin 1944.

Cette tactique fut employée pour la première fois en 1940, lors de l’invasion des Pays-Bas et de la Belgique par… les Allemands eux-mêmes. Les Américains perfectionnèrent la ruse à l’occasion du débarquement en Normandie. Le mannequin, baptisé Rupert, pouvait simuler des coups de feu grâce à un mécanisme. Également équipé d’un enregistrement de jurons en anglais, la poupée s’autodétruisait après un certain temps.

Vous souvenez-vous de l’apparence de la poupée dans le film Le jour le plus long (à gauche) ? Elle ne ressemble en rien au vrai modèle (À droite sur la photo).

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Paradummy du film le jour le plus long, à gauche et authentique poupée, à droite. Pajx (Wikimedia Commons).

Voilà qui se révèle décevant.

3) Le para sur le clocher de Sainte-Mère-Église

Concernant les parachutistes, vous connaissez certainement l’histoire du Private John Steele.

Il s’agit du soldat américain dont le parachute s’accrocha au clocher de Notre-Dame de Sainte-Mère-Église dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.  La mission des parachutistes consista à sécuriser les axes de communication et à neutraliser l’artillerie allemande avant le débarquement.

Le 505ème régiment de la 82ème division aéroportée américaine ne devait pas atterrir à Sainte-Mère-Église. Hélas, le largage fut malheureux et John Steele se retrouva coincé sur le clocher de l’église du village, voyant ses camarades au sol se faire abattre par les allemands.

Il tenta de s’extraire de son parachute, mais son couteau tomba. Il fit le mort et resta suspendu, non pas toute la nuit comme le prétend la légende, mais seulement deux heures avant qu’un soldat adverse le décroche pour le faire prisonnier. Blessé au pied, il s’échappa de l’hôpital pour rejoindre les Alliés. Enfin, les cloches de l’église n’ont pas rendu sourd John Steele qui ne se souvenait même pas si elles sonnaient.

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Mannequin accroché au clocher de l’église de Sainte-Mère-Église, en hommage à John Steele. Dani 7C3 (Wikimedia Commons).

4) Le fameux criquet

Le criquet n’est pas une invention américaine. Il s’agissait d’abord d’un jouet anglais produit par la société The acme, très répandu à cette époque.

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Reproduction moderne d’un criquet du débarquement. Gloumouth1 (Wikimedia Commons).

Lors des opérations en Sicile en 1943, un commandant américain employa le premier cet instrument à des fins militaires. Lors des missions nocturnes, il pouvait être difficile pour un soldat de reconnaître l’uniforme du soldat le plus proche. Il suffisait au parachutiste d’émettre un clic avec ce jouet. Si l’autre militaire répondait par deux clics, il s’agissait d’un frère d’arme.

Ce système fut de nouveau utilisé lors des opérations de la nuit du 5 au 6 juin 1944, mais seulement par les hommes de la fameuse 101ème division aéroportée et non par toutes les unités de parachutistes, comme nous le pensons souvent.

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Un parachutiste de la 101ème Airborne portant le fameux criquet. Photographie anonyme.

5) L’aviation allemande, la grande absente du débarquement

La Luftwaffe, nom de l’aviation de guerre allemande, constitua l’une des armes les plus modernes et puissantes au début de la Seconde Guerre mondiale.

Elle fut progressivement supplantée par ses adversaires, à tel point que Le jour le plus long ne présente que deux avions allemands survolant la plage du débarquement et mitraillant les Alliés.

Certes, la Luftwaffe n’était plus aussi puissante en 1944 qu’en 1939. Cependant, une centaine d’appareils allemands firent chacun 7 sorties en moyenne, lors de la journée du 6 Juin. Ils s’en prirent également à la flotte adverse.

DAYTON, Ohio -- Focke-Wulf Fw 190D-9 at the National Museum of the United States Air Force. (U.S. Air Force photo)

Un avion Focke-Wulf Fw 190D-9. 19 FW 190 furent déployés lors de la bataille de Normandie. United State Air Force, Dayton, Ohio.

6) Des Allemands contre des Américains ?

Les troupes alliées… 

Les chiffres divergent sur le nombre de troupes débarquées sur les plages le 6 juin 1944. Pour les sites francophones, sur les 156.000 troupes déployées, 73.000 étaient Anglais. Les américains, malgré leur importante implication dans les opérations, seraient la seconde nationalité représentée, avec 59.000 G.I. Ces chiffres sont inversés sur les sites américains. Qui croire ?

Les Britanniques détenaient encore un vaste empire lors de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs troupes du Commonwealth prirent ainsi part au débarquement, dont 21.400 Canadiens, un millier d’Australiens et autant de Néo-Zélandais.  Cette affiche de 1941 se révèle à ce titre intéressante :

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Affiche de 1941, Le Commonwealth britannique et ses alliés anéantiront la tyrannie nazie.

Cette dernière présente, à gauche, les nations du Commonwealth et leurs drapeaux. De haut en bas, nous découvrons les étendards du Royaume-Uni, du Canada,Canadian_Red_Ensign_1921-1957.svgLe Canadian Red Ensign (dont le fond est d’azur sur l’affiche), ne fut remplacé par le Maple Leaf Flag que le 12 février 1965. de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Rhodésie du Sud, de l’Afrique du sud et des Indes Britanniques.

A droite, les drapeaux de ses alliés tchécoslovaques, polonais, norvégiens, luxembourgeois, belges, français, grecs, néerlandais et soviétiques. Le drapeau des États-Unis, neutre jusqu’au 8 décembre 1941, n’apparaît pas.

Des militaires de ces diverses nationalités participèrent en effet au débarquement. Il s’agissait de soldats ayant réussi à atteindre le Royaume-Uni après l’invasion de leurs pays par les Allemands et souhaitant poursuivre le combat.

En témoignent d’abord les Français. Ces derniers ne comptent que 177 hommes parmi les troupes du débarquement, le fameux commando Kieffer.  Le commandant Philippe Kieffer (1899-1962)Ne trouvez-vous pas que le commandant Philippe Kieffer (à gauche) ressemble au Colonel Trautmann dans Rambo (à droite)Kieffer_philippeimages créa et entraîna en Écosse cette troupe d’élite de la Marine Nationale sous l’égide des Britanniques.  La résistance française a par ailleurs joué un rôle important dans les opérations en Normandie.

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Des hommes du Commando Kieffer. Philippe Kieffer est l’officier dont le visage est entouré.  Photographie anonyme.

Notons que les régiments africains des colonies, dont les goumiers marocains et les tirailleurs sénégalais, furent pour la plupart déjà engagés en Italie. Absents des plages normandes, ils contribuèrent cependant à la victoire.

Parmi les troupes du débarquement, figurent également les 16.000 Polonais de la 1 Dywizja Pancema du général Stanislas Maczek (1892-1944). Cette armée s’illustra dans bataille de Normandie contre la 1.SS Panzerdivision Leibstandarte-Adolf Hitler et la 12.SS PanzerDivision Hitlerjugend.

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Colonne de chars allemands détruite par la 1.Dywizja Pancema près de Falaise. Photographie anonyme.

N’oublions pas de citer le millier de militaires belges, les 70 volontaires luxembourgeois, les aviateurs tchèques, slovaques et néerlandais, sans compter le soutien logistique des marines danoises et norvégiennes libres, ainsi que les militaires grecs.

S’il est souvent admis que les forces alliées étaient constituées d’une mosaïque de nationalités, reflet de la diversité de leurs empires, nous pensons souvent que les forces de l’axe présentes ce jour là ne comptaient que des Allemands. Il convient de nuancer quelque peu cette vision.

… Et celles de l’Axe.

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Uniforme impeccable, yeux bleus, cheveux blonds et droit comme la Siegersäul… Ach ! Ich bin ein ztereotype d’offizier allemand ! (Extrait du film « la bataille des Ardennes »).

Le Reich ne disposait pas de l’immense réservoir humain de ses adversaires et de leurs vastes colonies. Afin de trouver de nouveaux hommes, les armées germaniques durent se résoudre à intégrer des contingents d’étrangers dans leurs rangs.

Recrutés souvent parmi les prisonniers de guerre, il s’agissait de soldats des colonies des alliés qui revêtaient l’uniforme allemand, ou bien pour échapper à un sort peu enviable dans les camps de prisonniers, ou bien pour lutter pour l’indépendance de leur nation.

(Chant patriotique pour l’indépendance de l’Inde : Hum Dili Dili jayenge).

Une petite digression afin de mieux cerner ce phénomène : Le cas des 1000 Indiens de la Legion Freies Indien, Azad Hind-आज़ाद हिन्द. Pour la plupart, il s’agissait de prisonniers des régiments des Indes britanniques engagés dans l’armée allemande, à l’instigation de Subhas Chandra Bose (1897-1945). L’indépendantiste indien Subhas Chandra Bose – सुभाष चन्द्र बोस, surnommé Netaji (chef respecté), s’allia avec les Allemands et les Japonais dans leur lutte contre l’Empire britannique. Il espérait ainsi obtenir l’indépendance de l’Inde.  En Asie du sud-est, il fonda l’Armée Nationale Indienne, ou Azad Hind Fauj – आज़ाद हिन्द फ़ौज, sous la tutelle du Japon. Cette dernière fut constituée de 40.000 Indiens, dont beaucoup recrutés parmi les prisonniers des troupes coloniales britanniques. (Ci-dessous, Netaji passant en revue les troupes de l’Armée Nationale Indienne, In. http://www.oldindianphotos.in/search/label/Military).Netaji_Subhas_Chandra_Bose_Reviewing_the_Troops_of_Azad_Hind_Fauj_-_1940'sLors de l’invasion de la Birmanie par les troupes nippones, les Japonais envahirent également une minuscule parcelle du territoire indien. Netaji en devint le chef du gouvernement. Il établit ensuite une seconde légion indienne à l’ouest, cette fois sous le contrôle de l’Allemagne : la fameuse Freies Indien, dont il est ici question. Netaji mourut officiellement dans un accident d’avion le 18 Août 1945. Figure controversée en Europe du fait de son alliance avec Hitler, Netaji est honoré en Inde comme l’un des pères de l’indépendance.

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Deux sikhs de la légion indienne  revêtant l’uniforme tropical de la Wehrmacht, avec l’écusson de la Freies Indien, aux couleurs de l’Inde libre. Armilitaria.

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Soldat sikh de la Freies Indien contrôlant les papiers de civils français. Bundesarchiv.

Dans la même optique, nous retrouvons pour la bataille de Normandie, des peuples non germanophones s’étant battus sous l’uniforme allemand. Ces derniers furent recrutés parmi les soldats soviétiques capturés, motivés par les promesses d’indépendance de leurs pays face à l’U.R.S.S, mais surtout pour échapper au traitement peu enviable réservé aux prisonniers issus des rangs de l’Armée rouge.

Ainsi, des milliers de Géorgiens et des populations turcophones du Caucase et d’Asie Centrale participèrent aux combats de juin et de juillet 1944.

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Soldats turcophones revêtant l’uniforme allemand, mais avec des insignes particuliers. Le deuxième soldat en partant de la gauche porte l’écusson des volontaires du Turkestan. Bundesarchiv.

Bien que ces soldats se rendirent aux américains, ils furent remis entre les mains des Soviétiques… Imaginez le sort que Staline réserva à ces troupes issues de l’U.R.S.S, mais s’étant battu du côté des Allemands.

Le bilan…

Si le débarquement fut couronné de succès, il ne s’agit que du premier épisode de la bataille de Normandie. Cette dernière fut particulièrement violente. Les Alliés affrontèrent, entre autre, des divisions de Panzer-SS fanatisées. Des Allemands tuèrent au lance-flamme des parachutistes accrochés aux arbres. Quand aux Alliés, ils n’avaient ni le temps, ni les moyens de s’occuper des prisonniers de guerre, du moins au début de la bataille…

Au total, 263.362 Alliés tombèrent lors de la Bataille de Normandie, du 6 juin au 29 août 1944. À ces chiffres, s’ajoutent 50.000 civils tués, dont des résistants et autant de soldats allemands qui y perdirent la vie.

Cette opération, bien qu’importante, ne fut pas la seule décisive. Il ne faut pas non plus oublier le courage et l’immense sacrifice des soldats de l’Armée rouge et des résistants à travers l’Europe occupée…

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Cimetière américain de Colleville-sur-Mer, Normandie. Luke M. Curley (Wikimedia Commons).

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Cimetière allemand de La Cambe, Normandie. Bjarki Sigursveinsson (Wikimedia Commons).

Pour en Savoir plus :

Sur le débarquement :

Sur la bataille de Normandie : 

  • Antony Beevor,  D-Day : the battle for Normandy, Paris, Calmann-Lèvy,‎ , 864p.
  • Une site sur les différentes phases de la bataille de Normandie

Sur le mur de l’Atlantique :

Sur les troupes issues des colonies :

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