Des aliens et de l’art – De mal en pyramides

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Nous avons parcouru les cavernes du Sahara et de l’Australie. Voyageons désormais en Égypte antique, civilisation favorite des amateurs d’hommes verts…  mais surtout pays des pharaons et des pyramides !

Ces édifices s’avèrent d’ailleurs si impressionnants que certains pensent que les Égyptiens se révélèrent incapables d’édifier de tels monuments. Évidemment ! Ce peuple ne pouvait construire de si imposantes sépultures. Tout juste capable d’assembler des masures en bouse de scarabée, il vivait dans l’ignorance la plus totale… jusqu’à l’arrivée des extraterrestres/Atlantes (rayez la mention inutile) qui édifièrent les pyramides

Cette populace inculte mais reconnaissante voua dès lors un culte aux aliens, leur consacrant des offrandes…

L’oie de la mauvaise foi

Pour étayer cette thèse, certains ufologues se basent sur un bas-relief de la tombe d’un dénommé Ptahhotep à Saqqara et datant de -2400. Sur celui-ci, un humain offrirait une oie… à un petit alien gris !

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Cependant, nous ne pouvons pas tirer de conclusions sur une oeuvre en nous basant seulement sur un détail. Considérons le relief dans sa totalité :

PTH

Nous découvrons des  hommes apportant moult victuailles à la grande figure de gauche. Cette dernière représente bien sur Ptahhotep, le propriétaire de la tombe, festoyant dans l’au-delà.

En bas à droite, dans un carré rouge, se trouve le détail de la scène qui nous intéresse. En replaçant cet élément particulier dans son contexte général, nous voyons clairement que l’oie n’est pas destiné à un extraterrestre, mais bel et bien au défunt Ptahhotep. Une scène similaire repose au Louvre, au sein de la chapelle du Mastaba d’Akhethétep. 

Revenons au « petit gris » qui se trouve dans un coin de la scène, au second plan. N’est il pas étonnant, s’il s’agit d’un alien, qu’il occupe une place aussi secondaire dans la composition ?

Le détail qui pue

Sommes-nous véritablement confrontés à un être d’une autre planète ? Certes, nous pouvons déceler quelques points en commun avec l’iconographie traditionnelle d’un extraterrestre. Yeux, globuleux, lèvres minces et corps diaphane…

alienCependant, la photographie qui nous permet d’établir cette comparaison s’avère extrêmement floue… Cette image, trouvée sur un site pro-ovni, semble volontairement imprécise afin de dissimuler la vérité.

Si nous regardons la même illustration, en bonne qualité…
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… Nous voyons qu’il ne s’agit que d’un simple vase sur lequel repose un lotus cerné par deux bourgeons. Une manière canonique de symboliser la plante en Égypte antique. Ce même relief comprend d’ailleurs une autre représentation de ce végétal.

alienProcédons à une rotation… pour y découvrir le fameux E.T !

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Comme nous l’avons déjà vu dans le précédent article, nous avons simplement associé un détail iconographique d’une autre culture à notre image classique de l’alien.

De la paréidolie… 

Cet exemple met en avant notre faculté à percevoir des visages dans les éléments du quotidien. Vous le savez certainement, cette illusion d’optique se nomme une paréidolie.

Le cerveau humain analyse l’expression de la figure qui lui fait face pour savoir si ce congénère représente ou non une menace. Les smileys illustrent ce propos. Il ne suffit que de quelques virgules, points et parenthèses pour créer un visage avec une émotion.

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Au passage, la fameuse « tête lunaire » si inquiétante constitue une paréidolie. En bas à gauche, le célèbre cliché  de la Nasa du mont sélénien. À droite, la même montagne sous un angle de vue différent…

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…Au palimpseste

L’œil humain peut également  se représenter des objets à partir de formes diffuses. Le « glyphe d’Abydos » en apporte la preuve :

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Certaines personnes associent les hiéroglyphes présents sur ce fronton à… un hélicoptère, un sous-marin et des ovnis

Mais replaçons l’oeuvre dans son contexte. Cette inscription se trouve au sein du temple funéraire Lieu destiné au culte de Pharaon – vie, santé, force à lui ! – après sa mort.  du souverain Sethi 1er (13ème siècle av.jc).

Abydos

Initialement, le texte qui décorait ce linteau constituait une partie du    nom de Nebty L’un des cinq noms de Pharaon – vie, santé, force à lui ! – qui place le souverain sous la protection de Nekhbet, la déesse-vautour de Haute-Égypte (au sud) et de Ouadjet, la divinité-serpent de Basse-Égypte (au Nord). de ce monarque.

« Celui dont le bras vaillant repousse les neuf arcs. (les neuf ennemis traditionnels de l’Égypte) »

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Puis, Sethi 1er rejoignit l’au-delà. Son fils Ramsès II égratigna le nom de son père… pour le remplacer par le sien.  Ce procédé, courant en Égypte antique, se nomme un palimpseste. En d’autres termes, le nouveau pharaon inscrivit son propre nom de Nebty à la place de celui de son prédécesseur.

« Celui qui soumet les pays étrangers. »

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Deux textes se chevauchent ainsi au sein du même espace. Le premier concerne l’une des titulatures de Sethi 1er et le second l’un des gentilés de Ramsès II. Ceci explique l’apparence si particulière de ces glyphes et pourquoi ces derniers ressemblent à des véhicules.

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Le nom des deux pharaons se juxtaposent d’ailleurs à d’autres endroits de l’édifice. Juste à gauche  de cette titulature, nous découvrons une cartouche dans laquelle les hiéroglyphes se superposent (dans le carré rouge) :

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Rien de nouveau sous le soleil d’Égypte…

Nous voyons donc que ces mauvaises interprétations se basent sur deux erreurs :

.La première consiste à analyser à notre guise des éléments visuels diffus. La véritable explication nous échappe si nous ne disposons pas des clefs pour comprendre une oeuvre.

.La seconde méprise est de ne pas (re)contextualiser ces représentations. Et nous basant sur les détails d’une oeuvre, et non sur sa totalité, nous l’interprétons à notre manière. Privés du contexte, nous croyons qu’un Égyptien offre une oie à un alien, ou que des ovnis décorent le linteau d’un temple.

Certes, vous savez déjà que l’information sur internet doit être traitée avec beaucoup de recul. « Nihil novi sub sole… »  Mais pourquoi certaines personnes se basent sur ces pseudos-preuves pour affirmer l’existence d’extraterrestres ? S’agit-il de malhonnêteté intellectuelle, de paresse… ou d’une autre raison ?

…À l’ombre des pyramides

Le problème provient sans doute de notre vision de la civilisation égyptienne. Cette culture déchaîne les passions car elle présente de nombreux aspects qui nous intriguent. Il s’agit d’une société éloignée de la nôtre, accordant une place importante à la mort et cernée de mystères (du moins aimons-nous le penser).

Regardez la documentation « profane » que vous trouverez sur l’Égypte antique. La plupart des ouvrages traitent de l’ésotérisme, de la mythologie et du secret de l’édification de ses monuments funéraires.

Dans notre monde dominé par la rigueur scientifique, nous cherchons des espaces d’évasions. Nous modelons l’Égypte antique à notre guise pour la considérer par tous les moyens comme une culture mystique, quitte à omettre ou déformer certains faits concernant cette société aussi riche que complexe.

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Nous idéalisons par exemple la conception des pyramides. Des pseudo-archéologues considèrent ces monuments comme l’oeuvre d’une entité supérieure car ils affirment que la conception de ces édifices est  proche de la perfection. Même s’il s’agit de prouesses architecturales, les pyramides présentent cependant des lacunes propres à l’Homme qui ne sont que rarement abordées.

En nous laissant dicter par nos fantasmes, nous refusons d’analyser objectivement la civilisation égyptienne. Une aire d’une autre ère fascine pour les mêmes raisons. Son rapport à la mort semble tout aussi décomplexé. Sa vision du monde se révèle également fort éloignée de la nôtre et quelques mystères entourent son peuple. Une terre toute aussi propice à l’éclosion d’aliens

Il s’agira de notre prochain voyage… au sein de l’Amérique précolombienne…

Pour en savoir plus :

Sur l’Égypte antique :
.Le département « Antiquités égyptiennes » du Louvre est un incontournable !

.Un autre article sur les « ovnis » du temple d’Abydos (dont j’ai puisé quelques images)

.J.P Corteggiani. Les Grandes Pyramides, chronique d’un mythe. Gall. Découverte 501.

.Une critique très pertinente d’un très médiocre reportage sur les pyramides…

Sur les paréidolies :

.Un compte twitter rigolo présentant de nombreuses paréidolies

.Une vidéo de la superbe chaîne e-penser sur notre cerveau

Crédit photographique

cavernes

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