Des aliens et de l’art – Des cavernes mystiques

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L’Exoconférence d’Alexandre Astier, la sortie du film Seul sur Mars l’année dernière, les nombreux articles dans des journaux grands publics concernant divers corps et astres spatiaux… l’astronomie semble à la mode.

Toutefois, parmi les sujets concernant cette discipline, le plus populaire est celui sur la vie extraterrestre. Si la Nasa recherche ardemment une quelconque forme de vie dans l’espace depuis quelques années, les aliens visiteraient déjà la terre pour certains et ce depuis… la Préhistoire.

Pour l’affirmer, des ufologues se basent sur de nombreuses œuvres d’art parfois très anciennes sur lesquelles apparaîtraient… des extraterrestres et des soucoupes volantes. Des vidéos tentant de le prouver pullulent sur internet, à l’instar de celle-ci :

Nous y découvrons de nombreuses œuvres présentées à la chaîne sans s’y attarder. Le spectateur n’a donc pas le temps de réfléchir sur chacune de ces peintures, abreuvé en plus par la musique renforçant l’aspect mystique.  La vidéo fait plus appel à l’émotion, à la persuasion qu’à la raison.

Contrairement à cette prompte énumération, nous nous intéresserons plus en détail à certaines de ces peintures à travers une série d’articles. Nous verrons que les prétendues présences d’aliens dans ces œuvres n’apportent que la preuve… de l’ignorance de ces ufologues dans de nombreux domaines.

Cavernes du Tassili, tavernes pour E.T ?

Débutons ce voyage estival par un pays ensoleillé ! Au sud de l’Algérie, en plein Sahara, se trouve un endroit surprenant inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO: le Tassili n’Ajjer.

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Au sein de ces étonnantes formations rocheuses, nous pouvons admirer des peintures rupestres du Néolithique Le Néolithique, l’âge de la « pierre nouvelle » constitue la dernière grande période de la Préhistoire, de -9000 à -3000 environ. Suite au réchauffement climatique de la fin du Pléistocène, l’agriculture et l’élevage apparaissent, permettant aux Hommes de se sédentariser.

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Parmi ces nombreuses représentations, l’une d’elle attire l’attention, le fameux martien du Tassili :

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Pour certains ufologues, il s’agirait … d’un astronaute. Cette affirmation, basée sur une simple coïncidence, constitue une véritable insulte envers les peuples de la préhistoire. En effet, n’oublions pas que l’art détient une portée symbolique. Les œuvres n’ont pas forcément pour vocation de photographier le monde tel qu’il apparaît à nos yeux.

Dans ce cas, ne pourrait-il pas tout simplement s’agir de la représentation d’une divinité, telle que se l’imaginait l’artiste ? Pourquoi refuser à ceux qui créèrent ces peintures toute forme de créativité et d’imagination, comme s’ils s’étaient bornés à dépeindre ce qu’ils avaient observé ?

Les figures du Tassili, par leur grande variété, apportent pourtant la preuve de l’inventivité de cette société troglodyte. En témoigne cette autre figure intrigante. Nous y découvrons un humanoïde à la taille imposante. Un extraterrestre pour certains… ou tout simplement une représentation d’une divinité cornue liée au monde animal, à en juger par la représentation de bovidés en arrière-plan. En effet, les bœufs et les scènes de chasse occupent une place prédominante dans les peintures du Tassili.

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De « l’astronaute » au monstre cornu… ou bien la peuplade qui peigna ces figures fût dotée d’une imagination fertile… ou bien les cavernes du Tassili constituèrent de véritables auberges galactiques, ayant accueilli des races d’aliens aussi nombreuses que variées. Petit aperçu de l’ambiance qui devait régner en ce lieu durant la Préhistoire :

L’aliénation de l’esprit… 

Plus sérieusement,  ces figures nous prouvent que face à des représentations inconnues et donc déroutantes, nous tentons de trouver des points de repères liés à notre propre univers. Nous analysons les images sortant de notre cadre culturel…en nous basant pourtant sur celui-ci !

Un excellent exemple de ce paradoxe se retrouve dans la conquête de l’Amérique par les conquistadors. Les peuples précolombiens furent déconcertés à la vue de ces soldats parés de fer, employant des chevaux, des mousquets et des canons. Autant d’éléments méconnus des premiers habitants de l’Amérique. ils associèrent ainsi ces conquérants à… leurs divinités.

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Saint-Jacques le majeur, par exemple, était le saint-patron des conquistadors. Les Aztèques, se fondant sur leurs connaissances et leurs éléments culturels, pensaient qu’il s’agissait d’une représentation du dieu Quetzalcoatl. Ils se basèrent sur les ressemblances fortuites entre les deux figures qui portent un haut de forme ainsi qu’un bâton et revêtent des coquillages.

Du côté des conquistadors, ces soldats nommèrent les temples précolombiens… des mosquées. Il s’agissait pour eux, à la lumière de l’histoire de l’Espagne, du seul nom qu’ils détenaient pour désigner un lieu de culte non judéo-chrétien.

Nous agissons de la même manière quand nous pensons contempler un astronaute sur une peinture du Tassili. Nous nous référons à nos repères culturels pour analyser une oeuvre d’art d’une société pourtant différente.

Des aliens en Australie…

L’exemple suivant s’avère sur ce point encore plus éloquent.  De nombreuses autres peintures rupestres parsèment les grottes du monde entier, comme celles du Mont-Elizabeth, à Kimberley en Australie. Ces peintures aborigènes mettent en avant d’inquiétantes figures blanches aux yeux disproportionnés. Pour certains, ces dernières  représentent des extraterrestres.

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Pourtant, nous ne faisons qu’associer ces figures énigmatiques à la représentation classique des aliens dans la culture populaire occidentale. Ces peintures dépeignent en fait de wandjinas, des esprits aborigènes des nuages et de la pluie, expliquant l’emploi de la couleur blanche et l’aspect inquiétant des figures.
Sortir de la caverne… 
Nous avons donc vu, à travers les exemples des peintures rupestres du Tassili et du Mont-Elizabeth, que les prétendus extraterrestres dans ces œuvres se basent sur trois erreurs :
– Refuser d’admettre que des artistes aient pu faire preuve d’imagination et qu’ils ne pouvaient que dépeindre ce qu’ils observèrent.
– Se baser sur nos propres repères culturels pour interpréter des œuvres d’autres civilisations.
– Ignorer les codes artistiques de ces sociétés si différentes de la notre.
Pourtant, les ufologues commettent bien d’autres fautes quand ils affirment que certaines œuvres d’art dépeignent des extraterrestres. Nous verrons lesquelles à travers d’autres exemples !

La semaine prochaine, nous poursuivrons nos péripéties dans un autre pays chaud. Le suivant est d’ailleurs souvent mentionné par les chasseurs d’aliens

Pour en savoir plus :
Sur les figures du Tassili n’Ajjer :
Sur les rapports entre les conquistadors et les peuples précolombiens :
  • J. Pohl, A.Hook,  The conquistador 1492-1550, Osprey Warrior 40
  • J., C.M.Robinson III, Aztec and Conquistadores, Osprey General Military
Sur peintures rupestres aborigènes :
  • J.Ryan, K. Akerman, Images of Power: Aboriginal Art of the Kimberley Akerman, National Galery of Victoria, Victoria, 1993
  • D.J.Mulvaney, J.Kamminga Prehistory of Australia, Smithsonian Institution, D.C,  1999
  • JK Flood, Rock art of the dreamtime, images of Ancient Australia, Angus & Robertson, Sydney, 1997
Crédit photographique

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2 reflexions sur “Des aliens et de l’art – Des cavernes mystiques

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