Jésus est-il né le 25 décembre de l’an zéro ?

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Cycle de la vie de Jésus : Nativité, vers 1350. Maître de Vyšší Brod, Národni Galerie, Prague.

Quelque soit la manière dont nous la considérons, il est indéniable que la figure de Jésus fut à l’origine de nombreuses mutations historiques. Si Noël commémore la naissance du Christ, et de la religion éponyme, Jésus ne vit pourtant pas le jour le 25 décembre  de l’an zéro….

Un 25 décembre ?

Le berger et ses brebis… 

Saint Luc précise que lors de la Nativité « il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit » (Luc, 2,8).

Nous voyons que durant la naissance de Jésus, les bergers se trouvèrent aux champs près de leurs bêtes. Or, le bétail demeurait à l’air libre… d’avril à novembre. Si jésus avait vu le jour un 25 décembre, les troupeaux n’auraient pas dû se trouver dehors. Alors, comment expliquer une telle erreur ?

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Garcia del Barco, Triptyque de la Nativité, vers 1480, Musée de Lázaro Galdiano, Madrid. Nous pouvons observer, à gauche, le bétail en plein air.

Faire du neuf avec du vieux…

Lors de sa conversion au christianisme, la population n’abandonna pas totalement ses anciennes pratiques cultuelles parfois millénaires. Le christianisme, à l’instar de bien d’autres religions, assimila certains éléments des cultes païens, les faisant coïncider avec le dogme chrétien.

Un exemple à travers L’image du satyre et du dieu Pan. Les artistes chrétiens s’inspirèrent de ces créatures cornues aux pieds de bouc pour représenter les démons. Les anciennes divinités se trouvèrent ainsi discréditées, sans pour autant disparaître de l’imaginaire collectif.

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Haut-relief du dieu Pan, fin de l’époque hellénique, Musées du Capitole, Rome.

De Sature au Soleil Invaincu….

La fête de Noël puise ses sources dans ce syncrétisme religieux. À l’époque de l’Empire Romain, deux fêtes païennes conséquentes se advinrent chaque année durant le mois de décembre.

La première se déroulait du 17 au 24 décembre. Elle portait le nom de Saturnales, en hommage au divin Saturne. Ce dernier, bien avant la fondation de Rome, séjourna dans le Latium, régnant avec sagesse au sein de la région. Les Saturnales apparaissaient comme une réminiscence de cet âge d’or.

Durant ces étonnantes réjouissances, les statuts sociales s’inversaient. L’esclave ne recevait plus d’ordre de son maître et pouvait même l’insulter et lui donner des ordres. Les Romains se regroupèrent autours de banquets et… les enfants recevaient des petits cadeaux, notamment des anneaux et des cachets.

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Relief de l’autel du dieu Malakbêl à Palmyre représentant la divinité Saturne reconnaissable à sa faux, 2ème siècle de notre ère, Musées du Capitole, Rome.

La seconde festivité à l’origine de Noël se produisit juste après les Saturnales, le 25 décembre. Il s’agissait de la célébration de Sol Invictus, le Soleil Invaincu.

Au sein de l’Empire Romain, les différentes provinces conservèrent leurs cultes ancestraux, chaque province adorant des divinités parfois différentes.  Afin de renforcer les liens entre les multiples régions de l’Empire, l’empereur Aurélien (214-275) instaura en 274 de notre ère un nouveau culte qui devait fédérer ces populations hétéroclites. La figure du Soleil, vénérée par l’ensemble de ces peuples, constitua la divinité idéale.

Sol Invictus devint le patron de l’Empire Romain et Aurélien choisit le jour du solstice d’hiver (le 25 décembre à l’époque) pour célébrer le Dies Natalis Solis Invicti, ou « Jour de la naissance du soleil ».

Pour s’opposer à la célébration de cette divinité païenne, les chrétiens choisirent également le 25 décembre comme la date de naissance de leur sauveur, lui aussi invaincu à l’image du soleil.

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Disque en argent représentant Sol Invictus, avec sa couronne de rayons solaires. Remarquez les chevaux du char tirant l’astre en arrière plan. 3ème siècle de notre ère, Pessinus, Bala-Hissar. Conservé au British Museum.

Une année zéro ?

An zéro, zéro pointé !

Si le 25 décembre ne s’avère pas la être la véritable date de la Nativité, qu’en est-il de l’année de Naissance de Jésus ? Vous devez en effet savoir … que l’an zéro n’existe pas ! En effet,  les années étaient jadis comptées depuis la fondation de Rome, en -753, cette date correspondant pour un Romain à l’an 1. Jésus serait donc né en en 754 « depuis la fondation de La Ville (=Rome) », ou Ab Urbe Condita (abrégé A.U.C) en latin.

Quand le christianisme devint la religion d’état de l’Empire romain en 392 (1145 A.U.C) , les Latins conservèrent pourtant leur datation originelle. Les choses changèrent au début du VIème siècle…

À cette époque, un religieux réputé pour son érudition et nommé Denys le Petit, eut l’idée de choisir comme nouveau point de départ du calendrier… la date de la circoncision de Jésus 7 jours après sa prétendue naissance le 25 décembre, soit le 1er janvier. Denys le Petit, certainement influencé par la datation romaine, fit également débuter le nouveau calendrier à l’an 1, et non en 0.

En 532 (1285 A.U.C), l’église adopta officiellement cette modification calendaire, selon laquelle Jésus naquit… le 25 décembre -1 et fut circoncis  le 1er janvier de l’an 1.

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Psaultier d’Eadwine : moine (ici, Eadwine) à son scriptorium, vers 1150, Trinity College, Cambridge.

Pour trouver la date… Good Luc !

Cependant, nous savons aujourd’hui que Denys le Petit se trompa dans le décompte des années depuis la naissance du Christ. En effet, la bible relate deux événements historiques importants qui survinrent avant et après la Nativité.

  • Le recensement d’Auguste

Régulièrement, les citoyens de l’Empire Romain étaient recensés afin de déterminer leur classe sociale et de les taxer en conséquence. L’évangéliste Luc mentionne d’ailleurs que, quelques jours avant la Nativité, « parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité » (Luc, 2,1).

Nous savons que le recensement dont parle Luc eut réellement lieu en -8.

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Marie et Joseph lors du recensement. Mosaïque de l’église d’Hagia Chora, 1315-1320, Istanbul.

  • La mort d’Hérode le Grand

Un second événement survint, cette fois après la Nativité. Il s’agit du fameux massacre des innocents, perpétré par le roi Hérode le Grand, un peu avant sa mort. Or, nous savons grâce à Flavius Josèphe, historien juif de l’Empire Romain (37-100), que le souverain décéda … en -4 (La guerre des juifs, Livre 1, XXXIII, 8).

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Jean Fouquet, Prise de Jérusalem par Hérode le Grand en -36. Enluminure, vers 1470, Paris, BnF, département des Manuscrits, NAF 21013, fol. 1v. (Livre XV).

Ainsi, Jésus naquit entre avril et novembre de l’an -8 à -4 avant lui-même… Cependant, la véritable date de la naissance de Jésus importe peu, face à la symbolique de l’événement, trouvant elle aussi ses origines dans une festivité païenne, célébrée elle aussi durant le solstice d’hiver, mais cette fois par les peuplades germaniques : la fête de Yule.

Le cousin germain

Cette festivité détient en effet  de nombreux points communs avec la symbolique chrétienne de Noël.

Durant les réjouissances de Yule, le peuple sacrifiait aux divinités pour obtenir de bonnes récoltes l’année suivante. En cette période hivernale d’obscurité et d’infécondité, les populations espéraient voir la terre renaître et redevenir de nouveau fertile.

La symbolique de cette célébration païenne, s’orchestrant autours de la régénération de la nature, coïncide avec le dogme chrétien lié à la naissance du Christ. Dans les deux cas, les fidèles célèbrent le triomphe prochain de la lumière sur l’obscurité et la résurrection qui en résulte.

Les chrétiens conservèrent ainsi la plupart des éléments de la fête de Yule, notamment ceux mettant l’accent sur la survivance et la régénération de la nature

La bûche de Noël

En effet, afin de garantir une bonne récolte pour l’année à venir, les polythéistes brûlèrent  pendant plusieurs jours un tronc d’arbre en guise d’offrande aux dieux. Il s’agit là de l’origine de la bûche de Noël, nommée d’ailleurs en anglais, langue germanique, « Yule log ». Jusqu’au 19ème siècle, cette fameuse bûche consista encore en un véritable tronc d’arbre, comme en témoigne cette illustration de 1864 :

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Robert Chambers, the book of days, p. 734 (1864).

Le sapin de Noël

Une espèce de végétaux incarne la persistance de la nature durant la saison hivernale. Il s’agit des conifères peuplant les forêts boréales et capable de résister aux climats les plus rigoureux. Les peuplades scandinaves vénéraient d’ailleurs ces arbres depuis l’âge du bronze comme le prouve cette gravure rupestre suédoise, datée de -1800 à -500, sur laquelle apparaît un épicéa à gauche :

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Il faudra cependant attendre le 16ème siècle de notre ère pour que les municipalités érigent leurs premiers sapins de Noël, à l’instar de Riga en 1510.

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Riga, emplacement du premier sapin de Noël de 1510. In. http://www.waymarking.com/gallery/image.aspx?f=1&guid=88261655-1055-4c11-8ae4-daea7582b0f0&gid=3

Le gui de Noël

Une autre plante symbolisait la survivance de la végétation au temps du paganisme germanique. Dans le cadre de Yule, les païens tressèrent des couronnes de gui, espèce résistant aux rigueurs hivernales. Afin d’illustrer la renaissance de la lumière du soleil après les ténèbres hivernales, les Germains allumèrent une bougie par semaine de décembre… voilà l’origine  de la couronne de l’avant.

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Couronne de l’avant, Micha L. Rieser (Wikimedia Commons).

Nous voyons ainsi qu’à l’instar des fêtes païennes dont Noël s’inspire, la naissance de Jésus demeure un symbole d’espoir pour ceux qui reconnaissent sa prédication et approuvent son message de paix et de tolérance.

Niveau Bonus

L’iconographie païenne survécut elle aussi au christianisme, donnant lieu parfois à un étonnant syncrétisme artistique. En témoigne cette tapisserie suédoise de la fin du 11ème siècle représentant les rois mages… avec les attributs de l’ancienne triade de la mythologie nordique :

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« Svenska konstskatter. Från äldsta tider till 1900-talets början », page 17, published by Bokförlaget Forum, Stockholm, 1949. ISBN 9928860475. Photographie anonyme.

De gauche à droite, nous y découvrons Odin et son unique œil, Thor portant son marteau et Freyr un épi de blé, symbole de la fertilité.

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