La main invisible de Napoléon

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Paul Delaroche (1797-1859), Napoléon traversant les Alpes, huile sur toile, 1850. Walker Art Gallery, Liverpool.

La douleur de l’Empereur

Sur bien des portraits, le célèbre empereur est représenté avec une main dans son gilet. Selon la croyance populaire, Napoléon se tenait ainsi pour soulager une douleur gastrique héréditaire.

Il est vrai que son père, Charles Bonaparte, décéda en 1785 d’un cancer du pyloreUn orifice de l’estomac. Cette oeuvre anonyme du 19ème siècle le représente justement… dans la même posture que son fils, main sur la panse.

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Peinture anonyme du 19ème siècle : Charles Bonaparte, père de l’Empereur.

L’empereur hérita t-il de cette maladie ? Nous pouvons le croire, si nous nous penchons sur cet extrait du rapport de l’autopsie de Napoléon Bonaparte pratiquée le 6 mai 1821 :

« […] en examinant cet organe [l’estomac] avec soin, je découvris, sur la face antérieure, vers la petite courbure et à trois travers de doigt du pylore, un léger engorgement comme squirreux, très peu étendu et exactement circonscrit. L’estomac était percé de part en part dans le centre de cette petite induration. L’adhérence de cette partie au lobe gauche du foie en bouchait l’ouverture. »  (En ligne, In. http://www.empereurperdu.com/stephany.html)

Quelques médecins se sont penchés sur la question. Alessandro Lugli, spécialiste des tumeurs digestives, mena une enquête surprenante. En comparant divers pantalons portés par Napoléon de 1800 à 1820, il estima que l’empereur avait perdu 23 kg de 1800 à 1820 et … 11 kg, un an avant son trépas. Alessandro Lugli en conclut que le souverain souffrait d’un cancer gastrique qui évolua rapidement lors de son exil à Sainte-Hélène.

Pour le docteur Alain Goldcher (Napoléon Ier, l’ultime autopsie, SPM-Lettrage, 2012, 403p.),  la cause de la mort de l’empereur est associée à un ulcère à l’estomac et non à son cancer, alors à un stade bénin.

Quelque fût la nature de son affection, les spécialistes s’accordent pour affirmer que Napoléon souffrait d’un léger mal gastrique depuis des années. La dépression liée à son exil amplifia considérablement sa maladie de l’estomac.

Ainsi, durant sa période de gloire, les troubles stomacaux du souverain se révélèrent supportables. Cette affection peut même paraître insignifiante par rapport aux nombreuses blessures de Napoléon.

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Jean Auguste Dominique Ingres (1780–1867). Portrait de Napoléon Bonaparte en premier consul, 1803-1804. Huile sur toile. Musée du Grand Curtius, Liège.

L’éducation de Napoléon

Mais alors, pourquoi Bonaparte père et fils, sont-ils représentés ainsi, main dans le gilet ?

Il s’agissait en fait… d’une règle de bienséance de l’époque. Napoléon Bonaparte, éduqué par des religieux, puis élève de l’école militaire de Paris, fût sensibilisé aux bonnes manières. Au 18ème siècle, le livre de Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719) « les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne », constitua la référence en matière de savoir-vivre.

Parmi les points abordés par l’ouvrage, l’un revient sur la posture à adopter et où poser ses mains, à une époque où les poches n’étaient pas répandues.

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Jacques-Louis David (1748–1825), Napoléon dans son cabinet de travail, 1812. Huile sur toile, National Gallery of Art, Washington D.C

« C’est un défaut de croiser les bras sur la poitrine, de les entrelacer derrière le dos, de les laisser pendre avec nonchalance, de les balancer en marchant, sous prétexte de soulagement ; l’usage veut que si l’on se promène avec une canne à la main, le bras qui est sans appui soit posé légèrement contre le corps, et qu’il reçoive un mouvement presque imperceptible, sans cependant le laisser tomber de côté ; si l’on n’a point de canne, ni manchon, ni gants, il est assez ordinaire de poser le bras droit sur la poitrine ou sur l’estomac, en mettant la main dans l’ouverture de la veste, à cet endroit, et de laisser tomber la gauche en pliant le coude, pour faciliter la position de la main, sous la basque de la veste. En général, il faut tenir les bras dans une situation qui soit honnête et décente. »

(Jean-Baptiste de la Salle : « les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne » XI. Du dos, des épaules, des bras et du coude.)

En se faisant représenter avec une main sur le ventre, l’empereur mettait simplement en avant sa condition de gentilhomme aux manières irréprochables.

D’autres personnalités de l’époque furent d’ailleurs portraiturées de cette manière :

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Charles Willson Peale (1741–1827), Gilbert du Motier de La Fayette, en uniforme de l’armée continentale, 1779-1780. Washingon and Lee University, Lexington, Virginie.

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Robert Home (1752-1834). Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington, 1804. Huile sur toile, National Portrait Gallery, Londres.

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Anonyme. Alessandro Malaspina (1754–1810), navigateur espagnol. Huile sur toile. Musée Naval de Madrid.

Pour en savoir plus :

 

 

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