La pomme d’Adam et Ève : genèse d’une légende

Jan_Brueghel

Peter Paul Rubens, Le jardin d’Eden et la chute de l’homme, vers 1615, Huile sur bois – 74.3 x 114.7 cm, Royal Picture Gallery Mauritshuis, La Haye.

Oubliez la pomme… 

L’image de la genèse la plus répandue est certainement celle d’Adam et Ève croquant dans le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

La scène est familière… à tel point que pour représenter le fameux fruit défendu, vous pensez certainement à une pomme. Il s’agit d’une erreur !

En effet, parmi les textes sacrés relatant cet épisode, ni la Bible (Genèse, 3 1-13), ni le Coran (al-A’rāf, 19-22) ne précisent la nature du fruit de l’arbre de la connaissance. Alors, pourquoi la pomme lui est-elle associée ?

Cette méprise provient de  la Vulgate. Traduction latine de la Bible, traduite depuis le Grec par St. Jérôme au 4ème siècle.La transcription latine pour l’arbre de la connaissance du bien et du mal est : « lignum scientiae boni et mali. » Hors, le nom malum, i désigne à la fois le mal et la pomme. A l’inverse, le nom latin de Pomum, i, désigne un fruit en général.

Cependant, durant les premiers siècles du Moyen Age, l’arbre de la connaissance revêt des formes variées. En témoigne cette enluminure espagnole du 10ème siècle, trahissant une influence orientale :

Le péché originel, v.950, enluminure sur parchemin, Escurial,  bibliothèque royale de Saint Laurent, Ms & II. 5 f°18.

Progressivement, les enlumineurs et peintres occidentaux vont jouer sur les mots latins et représenter le fruit défendu sous la forme d’une pomme. La Bible de Holkham nous en offre une magnifique illustration :

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Adam et Ève, v.1330, Enluminure, Bible de Holkham, British Library, adds. MS47682, fol. 4r. La pomme y est représenté comme étant le fruit défendu pour l’une des premières fois.

… L’etrog, c’est plus classe !

La Légende de la pomme en tant que fruit défendu perdure encore de nos jours, même si de plus en plus de personnes reviennent sur le mythe… et tentent de trouver la véritable nature du fruit de la connaissance. Si la démarche est fantaisiste, dans la mesure où aucune hypothèse ne pourra jamais être prouvée, elle n’en demeure pas moins divertissante.

Une petite liste non exhaustive de quelques théories : 

  • Le fruit défendu serait l’un de ceux ressemblant à une pomme. Malum,i désigne en latin la pomme, mais aussi tous les fruits qui lui ressemblent : orange, grenade, pèche… (Il devait être pratique pour un Romain d’acheter ses fruits au marché…)
  • Le fruit défendu serait un psychotrope (raisin fermenté ou champignon) Goûtant au fruit défendu, « les yeux d’Adam et Ève se dessillèrent et ils connurent qu’ils étaient nues » (Genèse, 3-7). Le couple biblique aurait ingéré un aliment modifiant le comportement et permettant d’accéder, grâce à l’ivresse, à un degrés de conscience supérieur. Les défenseurs de cette hypothèse (sans doute les authentiques consommateurs de fruits défendus…) se basent sur cette fresque du 13ème siècle.FrescoAdam et Ève, 1291, fresque de la chapelle de Plaincourault, Merigny
  • Le fruit défendu serait une figue. Honteux de leurs nudités (réfutant par la même l’idée selon laquelle ils étaient ivres… ), Adam et Ève « se cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes » (Genèse 3-7)
  • Le fruit défendu serait un etrogUne thèse récente, dont je n’ai pas saisi toute la subtilité…

Bien évidemment, la quête du fruit défendu est vaine et sans fin, même si elle peut se révéler amusante…

Ce qui importe avant tout est de voir à quel point une représentation communément admise peut s’avérer erronée. Un exemple qui nous apprend à douter de nos connaissances les plus assurées… et de douter également de ceux qui proposent des alternatives fumeuses…

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