Le mammouth, le poids des clichés

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Mammouth laineux, Royal British Columbia Museum, Victoria, Canada. Photographie de Wolfman SF (Wikimedia Commons).

Qui n’a jamais entendu parler du mammouth ? Cet animal préhistorique est l’un des plus connus et des plus médiatisés. Cet imposant pachyderme désormais disparu constitue l’un des symboles de la dernière glaciation.

Le mammouth contribue à nous faire changer d’ère et d’air, nous transportant à la fois dans un lointain passé et dans des contrées gelées. Nous retrouvons cette bête au sein des univers préhistoriques (L’Âge de Glace) et des contrées boréales des mondes fantastiques (The Elder Scrolls V : Skyrim).

mammouths

Si ce pachyderme a disparu depuis longtemps, il nous semble ainsi familier. Et pourtant, l’image que nous détenons des mammouths ne correspond pas à la réalité…. petite tournée des clichés qui frappent ces animaux plus durement que la fin de l’ère glaciaire.

1) Détrompez-vous, l’éléphant ne descend pas du mammouth

Des cousins aux ancêtres communs

L’idée reçue la plus récurrente au sujet de ces pachydermes concerne leur arbre généalogique, ou plutôt phylogénétique. Schéma présentant les liens de parentés entre les différentes espèces. Un exemple avec l’arbre phylogénétique des mammifères, in. Graphodatsky, Alexander S; Trifonov, Vladimir A; Stanyon, Roscoe (2011). « The genome diversity and karyotype evolution of mammals ». Molecular Cytogenetics 4 (22). An_evolutionary_tree_of_mammals

Nous pensons que les éléphants descendent du mammouth. Il s’agit d’une aberration, les deux espèces ayant cohabité en Afrique il y a environ 4 millions d’années. En fait, le mammouth et l’éléphant sont des cousins appartenant au même ordre, celui des Proboscidiens.Cet ordre, dont l’éléphant constitue le seul représentant actuel, compte de nombreux animaux disparus. Les proboscidiens primitifs ne détenaient pas encore de trompes et leurs défenses consistaient en des incisives un peu plus grandes que les autres dents. Ci-dessous, un crâne de Moeritherium, l’un des premiers proboscidiens. ( Milstein Hall of advanced mammals, New-York. Photographie de Ryan Somma, Flickr). 800px-Moeritherium_andrewsi Vous découvrirez ci-dessous les ancêtres communs à ces deux animaux. N’hésitez pas à cliquer sur les illustrations en commençant par le bas.

Le jeu des 7 erreurs

Mais alors, si les deux espèces coexistaient, en quoi consistent leurs différences ? Comparons un éléphant d’Afrique à un mammouth. Trouvez-vous ce qui sépare ces animaux ? (n’hésitez pas à cliquer sur l’illustration).

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1-La fourrure

Inutile de s’attarder sur ce point de divergence évident…

2-Le dos

Le dos du mammouth se révélait plus incliné que celui de l’éléphant, comme nous pouvons très bien le voir sur l’illustration ci-dessus.

3-La tête

La tête du mammouth, plus haute que celle de l’éléphant, se distingue par une bosse caractéristique, évoquant la coupe de Godefroy de Montmirail dans les Visiteurs Godefroy

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4-Les oreilles

Le pachyderme disparu possédait des oreilles 7 fois plus petites que celles de son congénère africain afin de ne pas donner prise au froid.

5-Les défenses

Celles de l’éléphant ne forment qu’une courbe (à gauche), alors que les défenses du pachyderme préhistorique (à droite) dessinaient deux courbes, pouvant parfois se croiser.
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6-La queue

La queue du mammouth était plus courte,N’ayant trouvé aucune image libre de droit pour illustrer ce propos, vous devez me croire sur parole ! encore une fois pour se prémunir du froid.

7-Il n’y a pas de place pour deux pachydermes dans la savane !

Ces deux mammifères cohabitaient dans un premier temps en Afrique. 1 million d’années plus tard, le mammouth, sans doute à l’étroit avec son cousin, prit le large pour s’installer en Eurasie, puis en Amérique il y a 1,5 millions d’années en franchissant le détroit du Béring. Beringia_-_late_wisconsin_glaciationL’Asie et l’Amérique ne formaient durant l’ère glaciaire qu’un seul continent. La banquise, beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui, retenait une grande partie de l’eau de mer sous forme de glace. Le niveau des océans s’abaissa et des espaces aujourd’hui engloutis formaient des bandes de terre au sec, comme le détroit de Béring.  (Image libre de droit, in. http://esp.cr.usgs.gov/).

Crédit photographique
2)Une tonne de mammouths, un problème de taille

Le mammouth colonisa ainsi une grande partie de l’hémisphère nord. De nombreuses espèces virent le jour, se démarquant notamment par leurs tailles et leurs poids différents.

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Deux squelettes de mammouths, Museum national d’Histoire naturelle, par votre humble serviteur.

Les proboscidiens que vous observez sur cette photographie appartiennent à deux espèces distinctes.  Celui à gauche, au premier plan, plus imposant, est un mammouth méridional qui vécut en Europe il y a 3 à 2 millions d’années. Cet animal pouvait atteindre 4 mètres.

Derrière, à droite, le squelette d’un mammouth de Sibérie, nommé également mammouth laineux,  apparu il y a 250.000 ans. Sa taille variait de 2,80 mètres à 3,40 mètres.

Dans quelques îles, nous trouvons même des mammouths dont la hauteur n’excédait pas celle d’un humain ! Il s’agit d’un phénomène nommé le nanisme insulaire.  L’absence de prédateurs sur certaines îles rend superflu l’avantage de la taille. De plus, les ressources insulaires se révélant limitées, un animal de grande taille ne trouve pas assez de nourritures sur une île pour subvenir à ses besoins. Le paresseux pygmée de l’île d’Escudo de Veraguas en constitue un bon exemple.

Nous trouvons également certains spécimens de mammouths nains. Le Mammuthus exilis, ayant vécu au large de la Californie mesurait environ 1m70.

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Squelette de mammouth pygmée, Redondo Beach Historical Museum, Californie. Photographie de Frank Fonseca (Wikimedia Commons).

Nous le trouvons en orange sur ce schéma :

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Comparaison de la taille des mammouths. FunkMonk (Wikimedia Commons).

La plus petite de ces bêtes se trouvait en Crète. Le mammuthus creticus vivait sur cette île il y a environ 740.000 ans. Il ne dépassait pas les 1m10.

Ci-dessous, deux illustrations de bébés mammouths laineux. Leurs congénères pygmées devaient quelque-peu leur ressembler, avec des défenses en plus.

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Dima, bébé mammouth laineux. Naturkundemuseum Stuttgart. Photographie d’Apotea (Wikimedia Commons).

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Lyuba, bébé mammouth laineux, présenté au public à l’occasion de l’exposition « Mammouths et mastodontes », au Field Museum, Chicago. Pour ceux qui auraient la chance de se trouver aux States, l’exposition prend fin le 13 septembre 2015 : empressez-vous d’y aller !

3) Les mammouths n’arpentaient pas des plaines enneigées
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Charles Robet Knight, Mammouths laineux près du fleuve de La Somme. Peinture murale de l’American Museum of Natural History , New-York.

Quand nous pensons à ces bêtes de l’ère glaciaire, nous imaginons des troupeaux traversant stoïquement des plaines enneigées. Certes, l’animal pouvait résister au froid, grâce à son imposante fourrure, sa peau de 2 centimètres d’épaisseur et sa couche de graisse, épaisse de 5 à 10 centimètres.

Cependant, durant la dernière glaciation, la température moyenne de la terre n’excédait pas quelques degrés. Il y avait moins d’évaporation et les précipitations s’avérèrent plus rares qu’aujourd’hui.

Le sol, bien que glacé la majeure partie de l’année, n’était pas recouvert de neiges. Les pluies se révélant moins abondantes, les arbres avaient du mal à pousser. La végétation basse dominait ainsi une partie de l’hémisphère nord.

Ce biome consistait en une vaste prairie de marguerites, de pissenlits, de graminées et d’autres végétaux de petites tailles, nommée à juste titre… la steppe à mammouths.
C’est dans cet environnement que vivait ce pachyderme, consommant de grandes quantités de fleurs et de plantes.

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Mammouth laineux dominant… la steppe éponyme. Royal BC Museum, Victoria, British Columbia, Canada. Photograhie de Tracy O (Flickr).

4) This is the end, my pachyderm, the end… 

À la fin de la dernière ère glaciaire, la température augmenta. Les précipitations, plus abondantes, permirent aux arbres de se développer. Les forêts remplacèrent bientôt les steppes à mammouths.

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Reconstitution d’un Mammuthus Trogontherii. Photographie de Titus322 (Wikimedia Commons). Nous comprenons, en voyant cette image, pourquoi le mammouth avait du mal à survivre dans la forêt…

Le pauvre pachyderme, mal à l’aise dans ce nouvel environnement, migra vers le nord, vers la toundra, un autre type de végétation basse, recouverte presque exclusivement de mousse et de lichen, souvent enneigée l’hiver et composée de marécages l’été. Il ne put trouver assez de nourriture pour survivre dans cet environnement hostile…

Ainsi disparu Mammuthus, fils de Priméléphas, lui-même fils de Gomphotherium, lui-même fils de Paléomastodonte, descendant lui-même de Phosphatherium. (Une quelconque ressemblance avec Le Retour du roi et L’enquête d’Hérodote ne serait que fortuite…)

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Tundra sibérienne, Kraï de Dudinka. Photographie du Dr. Andreas Hungetobler (Wikimedia Commons).

Toute l’espèce sombra à cause du réchauffement de la terre… toute ? Non, car une île au large de la Sibérie résista encore et toujours au changement climatique. Et la vie ne fût pas facile pour ces mammouths nains retranchés sur l’île de Wrangel. (Une quelconque ressemblance avec une célèbre bande dessinée ne serait que fortuite…)

wrangelCes mammouths insulaires, grâce à leur taille réduite et à l’écosystème de l’île, réussirent à survivre … jusqu’à -2000 !

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Dessin de mammouths nains, Apokryltaros (Wikimedia Commons).

Oui, ces pachydermes existèrent encore alors que les Hommes édifièrent les premières pyramides à pente droite et les ziggourats… Mais cela constitue déjà une autre histoire, celle de l’humanité…

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Pyramide de Khéops, Égypte, v. -2560, Alex lbh (Wikimedia Commons).

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Ziggurat d’Ur,Irak, v. -2100, Hardnfast (Wikimedia Commons).

Niveau Bonus

L’ordre des proboscidiens comprend d’autres animaux disparus. Si ces derniers descendent également du phosphatherium, ils ne sont en aucun cas les ancêtres du mammouth et de l’éléphant.  Petit tour d’horizon de surprenants proboscidiens.

Le moeritherium, un nez trompeur

Le moeritherium vivait dans les marais africains il y a environ 36 millions d’années. À l’instar d’autres proboscidiens, ses incisives inférieures et supérieures formaient de petites défenses.

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Crâne de Moeritherium, Museum national d’Histoire naturelle, Paris. Photographie de LadyofHats (Wikimedia Commons)..

Pouvons-nous définir son nez flexible de trompe archaïque ? Quoiqu’il en soit, ce dernier lui servait à saisir la végétation présente dans les marécages.

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Heinrich Harder, Moeritherium, v. 1920. In. http://www.copyrightexpired.com/Heinrich_Harder/

Le platybelodon, une pelle intégrée

Les incisives inférieures du platybelodon formaient une sorte de pelle.

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Crâne de Platybelodon Grangeri, Cosmocaixa, Barcelone. Photographie d’Eduard Solà Vázquez (Wikimedia Commons).

Les platybelodons pouvaient de cette manière fouiller les fonds des mares à la recherche de plantes aquatiques.

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Platybelodon Grangeri, Margret Flinsch, in. http://www.biodiversitylibrary.org/item/44913#page/392/mode/1up

Le deinotheriida, mais comment employait-il ses défenses ?

Le deinotheriida se distingue par sa paire d’incisive sur sa mâchoire inférieure, dont la forme, si originale, soulève une question : À quoi cela pouvait-il bien lui servir, par les Grands Dieux ! ?

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Crâne de deinotherium, Oxford University Museum of Natural History. Photographie de Ballista (Wikimedia Commons).

Quelle utilité pouvait revêtir de telles défenses, tournées vers lui-même ? Permettre au pachyderme de se suicider s’il était acculé par des prédateurs, à la manière des scorpions ? Se gratter le cou ? Ouvrir des conserves géantes ?

Manifestement, ces paires d’incisives lui servaient à ratisser le sol et à déterrer des plantes.

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Heinrich Harder, Deinotherium, v. 1916. In. http://www.copyrightexpired.com/Heinrich_Harder/

Pour en savoir plus

Au sujet des mammouths

Au sujet du rapport entre l’homme et le mammouth :

Au sujet des proboscidiens et d’autres animaux préhistoriques

 

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