Les Polonais et le mythe de la chevauchée fantastique…

Cavaliers polonais

Cavalerie polonaise à la bataille de Bzura (9-19 septembre 1939). Photographie anonyme.

L’une des idées reçues concernant la Seconde Guerre mondiale concerne l’invasion de la Pologne en septembre 1939. Nous imaginons une armée allemande à la pointe de la technologie, opposée à des Polonais accusant des décennies de retard dans la course à l’armement. Le pseudo-exemple sur lequel nous nous basons est l’idée selon laquelle les cavaliers polonais auraient chargé des Panzers, armés de leurs seules lances.

Et pourtant, jamais un seul contingent de la cavalerie polonaise ne s’est élancé contre des chars. Pour comprendre d’où provient le cliché, il faut d’abord se pencher sur l’histoire de cette nation.

L’armée polonaise et sa cavalerie d’élite

Alors que l’Europe occidentale abandonna progressivement l’usage du cheval pour les affrontements directs, les Polonais continuèrent à guerroyer sur leurs montures. Le pays compte en effet de nombreux axes de communications et relativement peu de villes. De plus, les impôts n’étaient pas assez importants pour édifier d’imposantes forteresses.

Ne pouvant compter sur des structures défensives conséquentes, les Polonais constituèrent de puissants corps de cavalerie.Comme les hussards ou les uhlans. Si les premiers sont d’origines hongroises, ce sont les hussards polonais qui s’illustreront en tant que corps d’élite. Quand aux uhlans, leur origine remonte au XVIIIème siècle, en Pologne et en Lithuanie, les deux entités formant alors un seul pays. Le mot désigne à la base un cavalier équipé d’une lance et d’un sabre. Ci-dessous, des armures de Hussards au musée national de Cracovie. (Bazylek100, Wikimedia Commons) Polish_Hussar_half-armour_Winged_Riders Ces soldats d’élite à cheval devaient neutraliser rapidement l’ennemi avant qu’il ne puisse atteindre les centres névralgiques du pays.

Au 20ème siècle, bien que la Pologne modernisa son équipement militaire, les chevaux continuèrent à jouer un rôle important. L’est du pays, marécageux, se prête mal aux déploiements de chars d’assaut ou de pièces d’artillerie. La cavalerie demeure ainsi un corps de prédilection dans ce type de terrain. Lors de la guerre contre les Soviétiques de 1919 à 1921, la cavalerie polonaise contribua d’ailleurs à la victoire.

Le cheval, en 1939 par tous employé

Notons par ailleurs qu’au début de la Seconde Guerre mondiale, toutes les armées continuèrent d’employer des chevaux. Ces animaux jouaient trois rôles :

  • La traction pour l’artillerie. (ce qu’on nomme l’artillerie hippomobile)
  • Le déplacement. Le cavalier met ensuite pied à terre et combat comme un fantassin.
  • Les missions de reconnaissance.
26th_Cavalry_PI_Scouts_moving_into_Pozorrubio

26ème Régiment de cavalerie de reconnaissance de l’armée américaine. Ici, en 1942 aux Philippines. Photographie anonyme.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, toutes les armées, y compris allemandes, pouvaient compter sur des divisions de cavalerie. En témoigne cette image :

Frankreich, Kavallerie am Ausgang eines Dorfes

Cavaliers de la Wehrmacht durant la campagne de France, mai 1940. Schweizer (Bundesarchiv).

Les authentiques charges polonaises
Bzura Polonais

Polonais à la bataille de Bzura (9-19 septembre 1939). Nous pouvons y voir des chevaux tractant une pièce d’artillerie. Photographie anonyme.

La Pologne, en plus d’employer des chevaux pour ces trois types de missions (voir la photo juste au dessus), pouvait également se targuer de posséder une cavalerie compétente, apte à prendre l’ennemi à revers, à attaquer les convois de ravitaillement ou les positions d’artillerie, ou encore à charger l’infanterie. C’est exactement ce qui s’est passé les 1er et 2 septembre 1939, dans les bois de Tuchola, près du village de Krojanty.

Pour couvrir la retraite de la brigade locale, le 18ème régiment de Uhlan, commandé par le colonel Kazimierz Mastalerz (1894-1939)chargea sabre au clair des soldats allemands du 76ème régiment d’infanterie, totalement pris au dépourvu. Cet effet de surprise causa la panique dans les rangs germaniques, permettant pendant ce temps à la brigade de Krojanty de battre en retraite. Cette victoire tactique polonaise fut malheureusement de courte durée.

Les Allemands déployèrent de l’artillerie motorisée pour venir à bout des téméraires uhlans. Après la bataille, des officiels nazis expliquèrent à des journalistes italiens que les cavaliers chargèrent des Panzers avec leurs sabres et leurs lances, alors que cette dernière arme n’était même plus employée par l’armée polonaise depuis au moins 1935 !

Le mythe était né… il est d’autant plus terrifiant quand nous savons qu’il s’agit d’un exemple de propagande illustrant la « supériorité aryenne ».

Et pourtant, sur les quinzaines de charges de cavalerie de septembre 1939, aucune ne fut employée contre des panzers. À Krasnobrod, le 23 septembre 1939, les cavaliers polonais affrontèrent même… leurs homologues allemands.

uhlans polonais

Uhlans polonais revêtant un uniforme identique à celui porté en 1939. Włodi (Flickr).

N’oublions pas… 

Notons par ailleurs le courage et la valeur des soldats polonais qui obtinrent quelques victoires tactiques de cette trempe. La bataille de Mokra, le 1er septembre 1939 en est un autre exemple.

Hélas, attaquée à l’est par l’URSS dès le 17 Septembre 1939 et isolée militairement du fait de l’inaction de ses alliés occidentaux, la Pologne fut définitivement vaincue le 5 Octobre 1939, après la bataille de Kock. Les militaires qui réussirent à quitter le pays continuèrent la lutte auprès des armées alliées. La résistance polonaise fut également très importante, illustration du courage d’un peuple qui s’est trouvé encerclé par deux régimes totalitaires. N’oublions donc pas que la Pologne a également contribué à la victoire finale, en payant un prix conséquent.

Au final, 240.000 soldats polonais furent tués durant le conflit et plus de 5.000.000 de civils, (Environ 16% de sa population de l’époque…) résistants, juifs, opposants politiques… furent les victimes du nazisme, mais aussi du stalinisme.

Pour en savoir plus :

Au sujet de l’usage de la cavalerie durant la Seconde Guerre mondiale :

Sur la Seconde Guerre mondiale en Pologne :

Sur le bilan de la Seconde Guerre mondiale en Pologne :

  • Une page présentant les chiffres
  • U.S. Bureau of the Census The Population of Poland Ed. W. Parker Mauldin
  • M. Gniazdowski, « Losses Inflicted on Poland by Germany during World War II. Assessments and Estimates — an Outline »
  • Ces chiffres sont ceux présentés par le  très sérieux Institut de la mémoire nationale – Commission de poursuite des crimes contre la nation polonaise
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